TéATr’éPROUVèTe - les 80 ans de ma mère
Les photographies présentées sur le site ont été réalisées par Sylvie Roche pour " les 80 ans de ma mère" par le TéATr’éPROUVèTe. « Les 80 ans de ma mère » est le titre d’un ensemble de propositions expérimentales développées en milieu rural par un groupe d’action artistique (le TéATr’éPROUVèTe) visant à interroger la Cité sur la question de l’image de l’âge et de la vieillesse dans notre société.
Tout a commencé avec la création d’un service d’artistes à domicile pour personnes âgées isolées en milieu rural. 25 artistes venus de tout le champ artistique (plasticiens, musiciens, chorégraphes, vidéastes, metteurs en scène…) ont été associés à 50 personnes âgées volontaires pour développer avec elles un projet artistique. L’expérience s’est déroulée sur une année pendant laquelle 25 voitures marquées « service d’artistes à domicile » ont sillonné le département de la Nièvre et le Morvan au même titre que celles des services habituels : repas, soins…
En proposant d’associer des personnes âgées à des artistes, nous entendions faire comprendre que l’imaginaire et la créativité sont vitaux à tous les âges de la vie. Vivre c’est être capable de se projeter dans l’instant suivant et c’est forcément quelque chose qui a à voir avec l’imaginaire. Bachelard a écrit « L’avenir ? Est-ce ce qui vient vers nous ou ce vers quoi nous nous dirigeons ? ». Il semblerait qu’on puisse agir, donc choisir jusqu’à un âge avancé et cela se travaille notamment par la pratique artistique. Et ça tout le monde peut le faire. « Ce n’est pas de l’occupationnel dans le sens où il ne s’agit pas de s’occuper avant de mourir mais de mourir autrement et mieux » souligne Jean Bojko à l’origine de ce projet.
La seconde idée du TéATr’éPROUVèTe a consisté à proposer une formation à huit familles volontaires de manière à ce qu’elles puissent réaliser huit films de bonne tenue sur une personne âgée de leur entourage.
L’expérience a donné un coffret de « 8 films malicieux » comme l’a écrit Ali Habib, journaliste au « Monde ». 8 films qui ont enchanté des milliers de personnes, en particulier dans les milieux professionnels car les familles impliquées ont su rendre attachantes les proches qu’elles filmaient. Nombre de ces films ont été sélectionnés dans des festivals, en France, en Suisse, en Belgique. Léna et Zoé, deux adolescentes un peu rétives au départ, en réalisant un film sur leur grand-mère ont obtenu le grand prix du Court à Dijon ce qui montre qu’un regard attentif sur une personne âgée peut aussi nous valoriser personnellement. Car « il y a bien un problème de regard sur la vieillesse entièrement tournée vers le jeunisme. Il y a aussi un problème d’image chez les personnes âgées elles-mêmes qui intègrent un peu vite celle que lui renvoie la société. Et le regard, cela se pense et cela s’apprend » se plait à noter Jean Bojko.
Un troisième volet de ce projet a été de faire la commande de 20 photos de personnes âgées à la photographe Sylvie Roche qui a su révéler avec talent et avec humour des aspects de la personnalité de chacun par des mises en situation étonnantes et non par une dramatisation de la vieillesse. Ainsi Marie (95 ans) est-elle immortalisée en tenant en équilibre tous les verres qu’elle a servis dans son café, ou Marie Gilberthe (85 ans) tricote-t-elle pour les seize enfants qu’elle a mis au monde. Ces photos ont été largement diffusées (60 000 exemplaires) avec le message : « les personnes âgées nous sont précieuses et nous sommes fiers de les avoir ». Elles font l’objet d’une exposition et seront en octobre à la Mairie de Paris.
Les réalisations sont visibles sur le site internet du TéATr’éPROUVèTe.
Service d’artistes à domicile
Ce service s’inspire des services d’aide à domicile en milieu rural ou des services médicaux à domicile et se conçoit comme une infrastructure dont les objectifs sont :
- le mieux être par une approche culturelle où sont privilégiés la pratique, le partage, l’écoute ;
- le lien direct entre des personnes considérées dans leur capacité à exprimer leur vision du monde donc à agir ;
- la prise en compte du potentiel et de la richesse créative des populations âgées ;
- une tentative de replacer les personnes âgées dans un nouveau réseau et ainsi de proposer des alternatives au problème de l’isolement par des pratiques culturelles actives en lien avec les formes et les contenus d’aujourd’hui ;
- de donner une autre image des personnes âgées et de la vieillesse et de montrer qu’elles relèvent bien de la contemporanéité au même titre que les jeunes ;
- de montrer qu’un territoire peut être riche de ses vieux (et non handicapé comme le déclarent certains analystes économiques) ;
- de proposer une réflexion sur l’offre culturelle faite (en milieu rural en particulier mais aussi en général) aux populations âgées ;
- de reconsidérer le rôle de l’artiste en rappelant qu’il est aussi et surtout un « artisan de la vie en commun » ;
- de reconsidérer les modes de production, la fonction et la présentation de l’objet artistique ;
- de défendre l’idée d’un art en action comme nécessité vitale à tous les moments de la vie ;
- de faire des propositions qui permettent d’envisager une culture active et réactive qui puisse témoigner de la vitalité d’un territoire ;
d’envisager d’autres possibilités pour la culture que le postulat de la consommation passive ;
- de bousculer les préjugés et les habitudes autant chez les personnes âgées que dans les autres catégories sociales ;
d’affirmer qu’il n’est pas question de laisser qui que ce soit sur le bord du chemin en matière de culture ;


