Prendre soin d'une personne
peut être valorisant et en même temps difficile : D'un côté,
on peut ressentir de la satisfaction à s'occuper d'un parent ou
d'un ami proche, à rendre l'amour qu'on a reçu, à
renforcer des liens. De l'autre, on peut avoir à concilier l'aide
apportée avec d'autres nécessités, familiales, professionnelles,
personnelles, ce qui crée une situation de tension. De plus, si
on a parfois le temps de prévoir et de se préparer à
la situation, on peut aussi être pris de court.
Cette page présente quelques idées clefs pour
vivre cette situation d'aide le mieux possible.
Etre objectif sur les capacités
de la personne / Respecter son désir d'autonomie
L'un des rôles de l'aidant est de permettre
à la personne aidée de rester autonome
le plus longtemps possible. Il faut donc permettre à la personne
aidée de faire tout ce qu'elle est capable de faire seule, même
si c'est avec des difficultés.
S'il ne faut pas en demander "moins"
à une personne, il ne faut pas lui en demander
"trop" non plus, et être conscient
de ses limites. Dans le cas de certaines maladies, il est alors important
de bien en connaitre les symptômes (par exemple la maladie d'Alzheimer).
Tant que c'est possible, demander son avis à
la personne aidée permet de respecter son autonomie, de la conforter
dans ses capacités et donne des guides à tout l'entourage
sur l'aide à apporter. Conserver un dialogue,
être à l'écoute, permet également de faire face
plus calmement aux difficultés qui surviennent, et permet que la
personne aidée n'ait pas le sentiment que tout lui est imposé.
Etre objectif sur ses propres capacités
Capacités physiques, psychologiques, émotionnelles,
financières, à court terme et à long terme... Plus
une situation sera analysée avec objectivité, meilleure sera
l'organisation, car les intervenants (familiaux ou professionnels)
connaitront précisement ce qu'ils ont à faire, et dans quelles
conditions.
Une personne dépendante n'est pas un enfant
On assiste souvent à un renversement des
rôles entre "parent" et "enfant" quand un parent
devient dépendant. Ce "renversement des rôles" entraine
des complications dans les relations : infantilisation
de la personne dépendante qui peut l'humilier, exaspération
de l'aidant face à un adulte qui semble ne pas agir comme
un adulte.
Pour éviter ou sortir de cette situation, il faut l'envisager non
comme un retournement des rôles, mais comme
une redéfinition. On garde alors à
l'esprit que la personne aidée a une histoire, un âge, et des
capacités, même si elles sont amoindries. chaque aidant peut
alors trouver sa façon de vivre cette rédéfinition
de son rôle, tout en respectant la personne dépendante pour
ce qu'elle est.
Accepter ses propres sentiments
Colère, culpabilité, déprime,
frustration, dégout, lassitude... La liste est longue des sentiments
que l'on peut ressentir et dont on ne se sent "pas fier", dont
on n'ose pas parler.
Pourtant, ces sentiments sont normaux et explicables.
Il faut leur trouver une juste place, car ils
ont besoin de s'exprimer. Etre sincère avec
soi-même, parler des difficultés que l'on rencontre
au fur et à mesure, évite de tout ressasser et de risquer
d'entrainer tension et colère.
Si il n'est pas possible de parler avec son entourage proche (parce qu'on
a le sentiment qu'ils ne comprennent pas par exemple), des groupes de
parole pour les aidants permettent :
- de partager les expériences,
- de se rendre compte qu'on n'est pas seul à réagir ainsi
face à une situation,
- de trouver des solutions concrètes face à un problème
qui semble sans insoluble et que d'autres ont peut-être déjà
vécu et surmonté.
Gérer son stress
Les responsabilités qu'assurent
les aidants, ajoutées à la fatigue, à la tension
nerveuse et émotionnelle peuvent créer des situations de
stress, qui peuvent détériorer les relations avec la personne
aidée, ce qui ajoute au stress etc etc... Pour prévenir
ces situations, il faut penser à :
- Relativiser sur ce qui est important, essentiel,
ou non
- Ne pas trop en demander à soi-même
: personne ne peut tout faire, chacun a des limites. Savoir ce dont on
est capable et ce dont on n'est pas capable permet de faire appel à
une aide extérieure pertinente.
- Profiter de toute aide qu'elle soit humaine
ou matériel (équipement pour aider à lever une personne
par exemple)
- Prendre soin de soi : manger équilibré,
faire du sport, prendre du temps pour soi : on aide bien quand on est
bien avec soi-même.
- Ne pas culpabiliser lorsque l'on pense avoir
fait une erreur : Les décisions prises le sont à un moment
donné, dans un contexte donné, en cherchant ce qu'il y a
de mieux pour la personne. Il est trop facile de se dire à postériori
"j'aurais dû faire ça et ça". A l'instant
T, on ne bénéficiait pas des mêmes informations, du
même contexte.
- Ne pas voir que ce qui est négatif
: ne pas oublier tout ce que le soutien apporté entraine de positif.
- Ne pas se braquer sur un problème :
le laisser de côté, y revenir plus tard, demander l'avis
de personnes différentes afin de voir la situation sous un autre
angle.
- Ne pas chercher à plaire à tous
: l'essentiel est le bien être de la personne aidée. il est
difficile de trouver une solution qui convienne absolument à tous.
Les différences de points de vue devraient être là
pour permettre de voir la situations sous différents angles pour
trouver le meilleur compromis.
Avoir un réseau de soutien
Les personnes qui aident un proche ont souvent
besoin d'aide et ne savent pas forcément, ou n'osent pas, demander.
Pour ne pas s'isoler et ne pas se fatiguer inutilement, il est important
de construire un réseau d'aide autour de soi,
composé de :
- membres de la famille
- amis
- voisins
- associations ou structures d'aide
Quelques petits conseils pour demander de l'aide :
- être objectif sur les possibilités
de la personne à qui l'on s'adresse
- présenter clairement les besoins
- ne pas s'attendre à trop : Essayer
de faire au mieux avec l'aide proposée
- être prêt à entendre un refus
: la prendre avec calme permet de ne pas braquer l'interlocuteur, qui
sinon risquerait de ne plus jamais proposer aucune aide
- remercier pour l'aide apportée
- ne pas refuser systématiquement l'aide proposée
spontanément : les personnes risquent de se vexer ou de se lasser.
Si l'on vous propose un service que vous ne pouvez accepter (car la personne
n'a pas les compétences pour par exemple), vous pouvez remercier,
refuser gentiment, et dire que par contre, si vous n'avez pas besoin de...,
vous auriez bien besoin de...
Les structures comme CCAS, CLIC, mairie peuvent indiquer
des associations qui peuvent aider en déchargeant l'entourage de
certaines taches.
Prendre du temps pour soi
Pour prendre soin des autres correctement, on
a besoin avant tout de prendre soin de soi, c'est à dire conserver
un temps qui n'est destiné qu'à soi, ce qu'on appelle aujourd'hui
le "répit".
Beaucoup de personnes n'osent pas faire appel à une aide extérieure
qui leur permettrait de se libérer du temps.
Pourtant, ce tempsest essentiel pour garder un équilibre personnel
et un équilibre dans la relation aidé / aidant. Il peut s'agir
simplement de quelques heures dans la semaine, pour sortir, voir des amis,
faire du sport, loin de ses responsabilités d'aidant...
Cette bouffée d'oxygène permet de ne pas vivre que pour quelqu'un
d'autre, mais pour soi-même aussi. Ces moments
ne sont pas des moments de perte de temps : ce sont des moments pour recharger
ses batteries.